Lao Tseu, le taoïste et Zenon de Citium, le stoïcien promènent leur chien.
Zenon tient la laisse, il sait que le chien va tirer à droite, à gauche, il anticipe, il corrige. Mais il ne lâche pas. Il contrôle ce qui peut l’être.
Lao Tseu, lui, regarde partir le chien et sourit : « il reviendra quand il aura fini ».
Deux façons de marcher.
Deux façons d’aimer le chien.
Chez le stoïcien, la laisse n’est pas là pour dominer le chien mais pour ne pas être emporté par lui. Zénon sait que le chien tirera. Il n’est ni surpris ni fâché. Il accepte l’élan mais maintient une direction. Le contrôle porte uniquement sur ce qui dépend de lui: sa main, son pas, sa réaction. Aimer le chien, ici, c’est ne pas l’abandonner à l’errance, ni s’abandonner soi-même à ses caprices.
Chez le taoïste, la laisse devient presque superflue. Lao Tseu ne nie pas le mouvement, il lui fait confiance. Le chien explore parce que c’est sa nature. Vouloir corriger serait déjà une rupture avec le Tao. Aimer le chien, ici, c’est croire à son retour sans l’exiger, laisser le monde suivre son cours sans le redresser.
Ce qui est intéressant, c’est que ni l’un ni l’autre ne sont naïfs. Le stoïcien sait qu’il ne contrôle pas le chien. Le taoïste sait qu’il pourrait ne pas revenir. La différence n’est pas dans la lucidité, mais dans la posture.
Deux façons de marcher, oui. Mais surtout deux manières d’habiter l’incertitude. L’une par la tenue, l’autre par le lâcher. Et aucune des deux n’est une fuite.

